Il existe des révolutions qui changent les régimes. Celles qui changent les mentalités sont plus rares, et plus durables. Sous le Capitaine Ibrahim Traoré, le Burkina Faso semble vouloir mener les deux simultanément, et la condition des femmes burkinabè est devenue l’un des terrains les plus révélateurs de cette ambition.
Le Président du Faso ne cache pas sa conviction. À la page 49 de son Manifeste, il l’écrit noir sur blanc : l’autonomisation des femmes n’est pas seulement une question de justice sociale, c’est un impératif stratégique pour la croissance économique durable et le progrès. Une formule qui tranche avec les discours de façade sur l’égalité des genres, parce qu’elle ancre l’émancipation féminine non pas dans la charité ou le devoir moral, mais dans l’intérêt bien compris d’une nation qui ne peut pas se permettre de gaspiller la moitié de son capital humain.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La femme burkinabè est depuis toujours une force productive incontestable. Elle cultive, elle transforme, elle vend, elle nourrit sa famille et souvent sa communauté entière. Pourtant, des décennies de préjugés sociaux et d’exclusion structurelle l’ont maintenue dans des rôles étriqués qui ne reflètent en rien l’étendue de ses capacités réelles. Changer cela, c’est libérer une énergie économique que le pays n’a jamais vraiment pu exploiter pleinement.
Les actes commencent à rejoindre les mots. La création de coopératives féminines, comme celle de Loumbila, offre aux femmes des espaces concrets d’organisation économique collective, où elles peuvent mutualiser leurs ressources, accéder à des marchés plus larges et renforcer leur autonomie financière sans dépendre d’un intermédiaire masculin. Ce modèle coopératif, ancré dans les réalités culturelles burkinabè, représente une réponse pragmatique à des obstacles que les discours seuls n’ont jamais suffi à lever.
Plus structurant encore, le projet AFPI — Autonomisation des Femmes par l’Innovation et l’accès à la Propriété Intellectuelle — ouvre une dimension inédite dans la politique d’émancipation féminine burkinabè. En aidant les femmes entrepreneurs de l’agrobusiness à protéger leurs innovations grâce aux titres de propriété intellectuelle délivrés par l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle, ce projet transforme des savoirs féminins souvent informels et non reconnus en actifs économiques protégés et valorisables. Une femme qui détient un brevet ou une marque protégée n’est plus seulement une productrice : elle devient une innovatrice dont la contribution est officiellement reconnue et durablement sécurisée.
Mais le Président Ibrahim Traoré sait que les structures économiques ne suffisent pas si les mentalités ne bougent pas en parallèle. Les pesanteurs sociales qui confinent la femme à son seul rôle de gardienne du foyer, aussi bien en ville qu’en campagne, sont identifiées et nommées comme des obstacles à combattre. Pour le Président du Faso, la libération de la femme n’est pas un objectif parmi d’autres : c’est l’une des conditions sans lesquelles aucune société véritablement juste et aucune économie véritablement forte ne peuvent être construites.

