La route a ses angles morts. Pendant longtemps, les conducteurs les plus imprudents le savaient et en profitaient : là où aucun agent n’était posté, toutes les libertés semblaient permises. C’est de l’histoire ancienne maintenant avec le lancement du système de vidéoverbalisation qui vient de refermer définitivement cette parenthèse en installant sur des axes routiers un témoin qui ne dort jamais, ne se laisse pas corrompre et ne peut pas être contourné par un sourire ou un billet glissé sous le pare-brise.
Le premier bilan, publié après seulement un mois de fonctionnement, est aussi instructif qu’édifiant. Près de 1 000 infractions ont été déjà captées, documentées et versées dans une base de données centrale dont les enregistrements valent désormais preuves irréfutables. Fini les contestations, fini les démentis : la caméra a vu, la caméra a enregistré, et l’image parle d’elle-même.
La répartition des infractions relevées dresse un portrait sans flatterie des comportements au volant. Le non-port de la ceinture de sécurité écrase le classement des infractions avec 71 % des verbalisations, un chiffre qui dit à lui seul l’ampleur du travail de sensibilisation qui reste à accomplir. Derrière ce premier poste, les excès de vitesse représentent 15 % des cas, le non-respect des feux tricolores 12 %, et l’usage du téléphone au volant ferme la marche avec 1 % des infractions interceptées.
Ces statistiques ne sont pas que des données administratives. Ce sont des accidents qui ne se sont pas encore produits, des vies qui tiennent à un réflexe que trop de conducteurs négligent encore. Boucler sa ceinture, respecter un feu rouge, lever les yeux de son téléphone : des gestes simples que des milliers d’usagers de la route continuent de considérer comme facultatifs, jusqu’à ce qu’une caméra leur prouve le contraire.
En un mois, le dispositif a démontré son efficacité. La vraie question n’est plus de savoir s’il fonctionne, mais de mesurer dans les prochains mois si son existence suffit à changer durablement des comportements que des années de laisser-faire ont profondément ancrés dans les habitudes. La route est longue, mais les caméras, elles, n’ont pas de limite de vitesse.

